123juridique.fr

Tribunal Administratif de Paris, 07/05/2024, n° 2406304

Tribunal administratif 7 mai 2024 discipline suspension conservatoire en référé

Ce qu'il faut retenir

Le juge des référés ne peut ordonner la suspension d’une décision disciplinaire que si l’urgence est démontrée et qu’un doute sérieux quant à la légalité existe ; les arguments purement moraux ou de réputation ne suffisent pas. En l’espèce, la requête a été rejetée pour défaut d’urgence, la suspension conservatoire restant limitée à quatre mois et ne privant pas le fonctionnaire de son traitement.

Analyse générée automatiquement : vérifiez toujours sur le document source avant de vous en prévaloir.

Texte intégral de la décisiondéplier

Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 mars 2024, et des mémoires enregistrés le 25 mars 2024, M. A B demande au juge des référés :
- d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 27 février 2024 de la directrice des relations internationales et de la stratégie du ministère des armées portant à son encontre suspension de ses fonctions de conseiller d'administration de la défense, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 21 mars 2024 sous le numéro 2406735 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Gros, vice-président de section, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. " Et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () " L'article L. 522-3 dudit code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. " Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. "
2. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre.
3. Au soutien de sa demande de suspension de l'exécution de la décision litigieuse, M. B invoque, d'une part, l'impact moral et psychologique tenant selon lui aux conditions brutales d'exécution immédiate de la décision de suspension attaquée et à ses conséquences sur sa réputation professionnelle alors qu'il envisage de présenter sa candidature au tour extérieur d'administrateur de l'Etat, et d'autre part, les répercussions financières de cette décision qui le prive des primes liées à l'exercice effectif des fonctions.
4. Aux termes de l'article L. 531-1 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire, auteur d'une faute grave, qu'il s'agisse d'un manquement à ses obligations professionnelles ou d'une infraction de droit commun, peut être suspendu par l'autorité ayant pouvoir disciplinaire qui saisit, sans délai, le conseil de discipline. Le fonctionnaire suspendu conserve son traitement, l'indemnité de résidence, le supplément familial de traitement. Sa situation doit être définitivement réglée dans le délai de quatre mois. "
5. Il résulte de ces dispositions que la suspension est une mesure conservatoire et provisoire d'une durée maximale de quatre mois (sauf poursuites pénales) qui ne prive pas le fonctionnaire de son traitement. Le requérant en se bornant à invoquer un choc psychologique et moral, ainsi qu'une atteinte à sa réputation professionnelle, sans apporter de justifications suffisamment concrètes en particulier quant à son souhait de briguer plus tard le tour extérieur d'administrateur de l'Etat, n'établit pas l'existence d'une situation d'urgence qui ne résulte pas davantage de la nature et de la portée de la décision attaquée. Il ne justifie pas non plus de l'impact réel sur ses conditions d'existence de la perte des primes liées à l'exercice effectif de ses fonctions pendant quatre mois. Par suite, il y a lieu de faire application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête pour défaut d'urgence.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.
Fait à Paris, le 7 mai 2024.
Le juge des référés,
L. GROS
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Consulter sur la source officielle

Sur le même thème

Cour administrative d'appel 7 mai 2024 discipline

Cour administrative d'appel de Paris, 07/05/2024, n° 23PA00113

La Cour administrative d'appel a confirmé que, conformément à l'article L.9 du code de justice administrative, le jugement était correctement motivé et que contester une décision pour « erreur d'appréciation » relève du bien-fondé, pas de la régularité.…

Favorable à l'agent Cour administrative d'appel 7 mai 2024 discipline

Cour administrative d'appel de Versailles, 07/05/2024, n° 22VE00247

La Cour administrative d'appel a confirmé que l'avis du conseil de discipline doit être motivé et communiqué sans délai au fonctionnaire, sous peine d’annuler la sanction. Elle a également souligné l’obligation de garantir les droits de la défense…

Cour administrative d'appel 7 mai 2024 discipline

Cour administrative d'appel de Versailles, 07/05/2024, n° 22VE00335

La Cour a confirmé que tout licenciement pour insuffisance professionnelle d’un agent (stagiaire ou titulaire) doit être motivé et précédé d’un entretien préalable conformément à l’article 70 de la loi n° 84‑16. L’absence de motivation et le non‑respect de la…

Favorable à l'agent Tribunal administratif 7 mai 2024 discipline

Tribunal Administratif de Paris, 07/05/2024, n° 2200914

Le tribunal annule un blâme infligé à une auxiliaire de puériculture territoriale faute pour la collectivité d’établir précisément les faits reprochés : griefs non datés, absence de signalements contemporains, absence de consignes claires sur les pratiques…

Tribunal administratif 7 mai 2024 discipline

Tribunal Administratif de MELUN, 07/05/2024, n° 2110653

Le tribunal administratif a rejeté la requête d'un aide-soignant qui demandait l'annulation de sa révocation pour avoir exercé son droit de retrait sans danger grave et imminent et pour avoir entretenu une relation avec une patiente par échanges de messages.…